Une comédie hard de Yannick PERRIN
film pornigraphique
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Le Camping des Foutriquets

Sous les tentes du Camping des Foutriquets



Il y a le village dans les nuages, le pays de Candy et, désormais, Pignole-les-Bains. Pignoli i Bagni plus précisément, puisque cette localité est située en Corse, à la frontière départementale. Et dans ce bled improbable, comme tous les ans se retrouvent au camping des Foutriquets de joyeux touristes. Évidemment, cette farfelue fantaisie ne pouvait qu’être le fruit d’un Yannick Perrin pour son second film à gros budget avec la société VCV. Mais entre les coulisses du tournage et ce que vous verrez bientôt à l’écran, que s’est-il passé exactement ? Petit tour dans les backstages de la comédie de l’année 2007.




"Vous savez, quand je travaillais avec Maurice Pialat, il lui est arrivé régulièrement de poser sa caméra. Pendant trois jours, nous avons même interrompu le tournage, le bonhomme était connu pour son caractère. Ce n’est que quand la production envoyait un nouveau réalisateur pour terminer l’oeuvre, que Pialat revenait sur sa chaise.", Serge de Beaurivage, le très expérimenté chef opérateur, ne se prive jamais de raconter de savoureuses anecdotes sur tous les plateaux qu’il fréquente depuis de longues années. Et l’histoire se fait un malin plaisir à tourner en boucle, frôlant tour à tour les cercles du cinéma d’auteur comme du porno.

Car finalement la pression ne touche jamais que ceux qui ont l’ambition de faire des films, des vrais. Qu’importe le contexte, la manière ou le genre abordé, un long métrage se nourrit de bisbilles, de babillages et d’anicroches. Le temps n’y est pour rien, le décor et le thème plaident innocent. Une comédie estivale, réalisée sous le soleil clément de Corse avec la crème de la crème, cela ne suffit pas pour se mettre à l’abri. Même si tout le monde avait emmené ses bonnes intentions et si le scénario se prêtait à l’occasion, les accessoires aussi. Des valises fourrées de strings, des caravanes de souvenirs, des tentes où s’agglutinent les moustiques, des terrains de pétanque où l’on se retrouve, des paillotes où l’on explose sa note de consommations et des sacs de couchage où s’échangent les places chaque soir, finalement le porno est un camping. Dans les rôles des touristes, tout ce que le X français compte de meilleur s’est retrouvé sur les gravillons et dans le rôle du taulier, celui qui choisit les emplacements et distribue avec parcimonie le papier Q en série, Yannick Perrin.

L’attelage entre le réalisateur et la société VCV Communication, simultanément à la sortie du ا Pouvoir du Sexe ب, s’est donc remis en branle, direction la Corse. Et franchement, tout ce beau monde était bien content de se revoir sous le soleil, des vieux potes qui se croisent régulièrement mais se font un petit plaisir de dix jours, tous ensemble, parfois jusqu’à trente sur le plateau et dans les chambrées. Car encore une fois, les petits plats ont été mis dans les grands, et la vaisselle n’était pas en carton et les gobelets en plastique. 120.000 euros de budget, prenez la calculette, ça en fait des chips, des bières avec le bouchon qui se dévisse et des jambons beurre sur la table pliante. Si une grande partie de cette somme, la plus gonflée de l’année sur l’île de beauté, mais aussi en métropole, a servi à faire venir pas moins de dix actrices et huit acteurs, une grosse partie du gâteau est passée aux décors et à la logistique. En effet, si le camping est probablement la manière la plus économique de passer ses vacances, inviter autant de gens pendant pas loin de deux semaines n’est pas cadeau. Surtout quand il faut ramener pour les exigences scénaristiques une Lamborghini Countach, tourner une bataille navale (Mahé et Chloé Delaure contre Rodolphe Antrim, touché coulé) nécessitant deux bateaux et créer de toutes pièces un caravanage crédible. Parce qu’une tente et un mobile home dans le fond d’un jardin de la banlieue parisienne comme certains ont pu le faire pour surfer sur la vague d’un effet de mode, toutes les parties impliquées sur le tournage s’y sont fermement refusées.

Alors personne n’a pris sa BX ou la Talbot et trente billets d’avion ont été émis de Paris ou Prague pour filer au pays des polyphonies. Et comme il était hors de question de faire dormir qui que ce soit sur le décor, un hôtel de la région a été réquisitionné par Patrick David, le génial directeur de production, tel fut son qualificatif sur place. Et si, on y reviendra, le ciel a parfois tonné, ceux qui ont le plus souffert de la tempête provoquée par l’irruption d’une équipe de tournage de film à caractère pornographique ont probablement été les membres du personnel de l’hôtel bar-restaurant local. Avec des petits-déjeuners prêts à être servis dès 7 heures du matin, des déjeuners à livrer sur les lieux de tournage et des dîners débutant à l’occasion sur les coups de minuit, le personnel a vécu au rythme effréné de la troupe. Et il ne faut pas croire que les soirées s’interrompaient dès la dernière bouchée de tarte aux pommes avalée.

Parce qu’il fait soif quand on travaille toute la journée et que l’on ne suce pas que des glaçons à Pignole-les-Bains, du nom de la bourgade imaginée par Perrin. On a parfois eu droit à une ambiance digne des colonies de vacances, avec leurs lots de nuits se terminant dans les cris et les chuchotements entre les gouttes de rosée. Et même ceux qui avaient comme seule ambition le simple fait de dormir ont vu leur temps de sommeil, déjà pas bien long, amputé par des scènes hard improvisées et sans caméra. Deux soirées, les plus chargées en nombre de hardeurs et hardeuses se sont ainsi écoulées dans une ambiance indescriptible, un joyeux bordel entre le comptoir et la piscine, une partie de boules avec moult cochonnets. Ces grosses fiestas n’ont pourtant pas empêché la troupe de travailler dans une ambiance particulièrement sereine. Car ce n’est jamais que révéler un secret de polichinelle de dire qu’il existe certaines inimitiés entre tous les acteurs du porno, les actrices surtout. Untel ne peut pas passer devant la tente de l’autre sans pisser sur la toile, tandis que le second jettera volontiers son mégot dans la canette de bière d’un troisième.

Et quand est réuni le landernau du X hexagonal, même si la distribution avait aussi été conçue en fonction de cela, on risque le clash à chaque seconde. Certains avaient prévu les cagoules pour ne plus voir ou entendre grand-chose, les chevrotines pour faire régner la paix, le plastic pour éloigner les belligérants et même, comble de la violence, une troupe de polyphonistes corses pour faire baisser le ton, mais rien de tout cela ne fut nécessaire. Bien au contraire. Et pour le boulot, notamment les scènes de comédie chères à Yannick Perrin, tout se déroula quasiment au poil.

Certes on ne va pas demander aux habitants de Pornoland d’avoir le niveau Actor’s Studio (Seb Barrio n’était pas libre selon Perrin), mais les personnages étant écrits pour coller aux interprètes, l’affaire sembler fonctionner. Tous les intervenants connaissaient leurs textes et tenaient leurs places malgré des cadences lourdes. Didier Noisy jouant en plus de sa partie le rôle du répétiteur à la fin du dîner, mais avant que les vannes de pastaga ne s’ouvrent, ou dans sa loge, une caravane des années 60 basse de plafond et infestée de moustiques voraces. On a même vu une quinzaine de hardeuses et hardeurs courir à poil direction la mer à minuit avec un blizzard sibérien.

Bref, tout roulait à peu près, jusqu’à l’instant où le réalisateur a posé sa caméra. On ne sait pas trop le pourquoi du comment et le principal intéressé s’en ouvrira peut-être bien un jour, mais comme cela arrive à l’occasion sur les tournages, surtout dans le traditionnel, ce qui veut bien dire quelque chose sur l’ambition de ce porno, l’ambiance s’est plombée d’un coup. Pour tous ceux qui connaissent Yannick Perrin, du moins ce que le personnage laisse entrevoir, le changement fut brutal. Certes le garçon est un spécialiste de la blague qui brûle, de la vanne pleine poire et c’est aussi ce qui fait son charme, son humour et sa qualité d’écriture. Cependant, brusquement, le ton a changé et les plaisanteries ont cessé pour laisser place à une pression directe, sur tout ce qui passait dans un rayon de 12.000 kilomètres. Bref, tout le monde a morflé, des Inuits aux Malgaches, mais aussi les journalistes détenteur de cartes de pêche, les directeurs de production omnubilés par la paperasse, les actrices qui n’en sont pas, les acteurs qui se contrefoutent du film et les moustiques qui piquent. On a même eu le droit à un remake du printemps de Prague, deux actrices tchèques refusant pendant un moment de tourner dans une ambiance aussi délétère une séquence lesbienne. La troisième acceptant sans rechigner, elles finirent par s’engueuler entre elles. Mais si on n’est pas passé loin du clash, si HPG s’est proposé avec humour de prendre la place d’un cadavre encore bouillant et de le sodomiser en bonus pour gratter et se faire payer une scène, le cours des choses a repris.

Après deux jours tendus comme un string taille fillette sur le postérieur de Maïté, Perrin est redevenu Yannick, avec ses tartes à la crème et ses tours de magie avec son complice Noisy. Et comme encore une fois tous les intervenants du projet tenaient à voir le film se poursuivre, tout le monde a noyé son Ricard. Ne restait plus qu’un seul vrai problème : la météo. Parce qu’une comédie estivale avec des blaireaux en short et des nénettes en paréo, sous la pluie, cela rend tout de suite moins bien à l’écran. Et les alertes furent nombreuses, poussant même le directeur de production à décaler une journée de tournage. La scène du bateau fut en effet tournée avec 24 heures d’avance car la mer s’agitait lentement mais sûrement à cause du vent. Plus de peur que de mal, en fait, car les informations provenant de la base militaire voisine (Perrin a adoré le survol des mirages pendant le tournage) se sont toutes révélées fausses. Un ciel bleu idéal a donc accompagné ceux qui sont restés jusqu’au bout du tournage, le camping des Foutriquets se vidant petit à petit de ses occupants.

On leur donne donc rendez-vous l’année prochaine, cette fois sur les écrans. Sans les strings, les caravanes, les tentes, les terrains de boules, les paillotes ni les sacs de couchage, mais dans une prochaine Soirée Hot.

Simon Clébert


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